Histoire de l'Afghanistan et de l'Inde

(extrait du blog de Ivan rioufol) ex-patriée a répondu à François D qui écrivait :
---« La guerre en Afghanistan, qui est un réflexe néocolonialiste des pays occidentaux vers un Etat victime depuis un siècle de l’appétit dévorant des grandes puissances, doit tout naturellement trouver adhésion chez ceux qui ne sont pas d’accord sur cette imposture. »

ex-Patriée :

===> L’Afghanistan, un Etat victime depuis UN siècle de l’appétit dévorant des grandes puissances… ? ????? Vous rêvez ?

1) Voici de quoi vous rafraîchir les idées :
« Au Ier millénaire, une partie de l'Afghanistan est peut-être intégrée au royaume des Mèdes. Cette région est en tout cas intégrée à l'Empire des Perses achéménides aux VIe-Ve siècles, entre les règnes de Cyrus II et de Darius Ier.

Des statues, des pièces de monnaies et des inscriptions témoignent du passage d' Alexandre le Grand vers 323 av. J.-C. Bien que son empire n'ait guère duré, certains royaumes grecs comme le royaume gréco-bactrien de Bactriane dans le nord-est lui succédèrent environ deux cents ans et furent à l'origine de la culture dite gréco-bouddhiste.

Jusqu'à l'arrivée des Arabes en 637, le bouddhisme était présent partout en Afghanistan avec le Zoroastrisme, comme s'en sont fait l'écho les voyageurs chinois, comme Xuanzang, qui visitaient cette zone lors de leur séjour en Inde.
Les deux bouddhas de Bâmiyân détruits par les Talibans en 2001 (et vus par Xuanzang) dataient de cette période, également marquée par l'établissement de la Route de la soie reliant l'Empire romain à la Chine et à l'Inde.
Peu avant l'an 1000 fut fondé par Subuktigîn, beau-fils d'un esclave turc, un empire ayant pour capitale Ghaznî. Son fils Mahmûd fut à l'origine d'une véritable expansion de l'Islam et toute la région, de l'Afghanistan à Bénarès et du Panjâb au Goujerat, fut convertie par les armes et pillée au cours de dix-sept campagnes.
Mahmûd de Ghaznî ambitionnait de réunir à sa cour les plus grands esprits de l'époque et patronna le poète Firdawsi, rédacteur du Shâh Nâmâ, l'épopée mythologique persane, et le grand savant encyclopédiste Al-Biruni, mais le "prince des médecins" Avicenne refusa d'entrer à son service et s'enfuit dans l'Iran actuel.
Ensuite vint le bref mais dévastateur passage de Gengis Khan. Une délégation de Gengis Khan envoyée à Ghaznî pour obtenir allégeance fut renvoyée après avoir eu la barbe brûlée. Humilié, Gengis Khan donna l'ordre de détruire tout ce qui vivait, hommes, bêtes et arbres.
Tamerlan engloba l'Afghanistan dans son empire, dont la capitale était Samarcande. Sous ses successeurs, les Timourides, Hérat fut, avec Samarcande, l'un des phares de la période culturelle et artistique brillante, qui couvre le XVe siècle, appelée Renaissance timouride.
Hérat fut la capitale de Shah Rukh, plus jeune fils de Tamerlan et père d'Oulough Beg, le prince-astronome de Samarcande, puis de Husayn Bayqara, grand mécène qui fit travailler le poète et mystique persan Djami, le poète et ministre turc Mir Alisher Navoï et le miniaturiste Behzad, père de la miniature indo-persane.

Les siècles suivants furent dominés par les Moghols et les Perses, se combattant les uns les autres pour le contrôle de l'Afghanistan.
La fin de cette période fut marquée par un perse, Nadir Shah, au milieu du XVIIIe siècle, qui envahit Delhi et pilla les trésors des Moghols, en particulier le fameux diamant Koh-I Nor, la montagne de lumière.
Les tribus afghanes, en particulier les Ghilzai et les Abdali, en dépit de guerres perpétuelles, trouvèrent une bonne raison avec un envahisseur perse de s'allier mais elles furent défaites et se soumirent à Nadir Shah. Mais quand finalement ce dernier fut tué, elles étaient libérées de la domination perse, indienne ou ouzbèque.
En 1747, elles trouvèrent en Ahmad Khan, un jeune commandant de Nadir Shah, le leader dont elles avaient besoin et qui prit le nom de Ahmad Shah.
Ahmad Shah, un guerrier poète, caractère afghan idéal, passa sa vie à combattre les autres tribus et sous-tribus et étendit son empire du Khorasan perse jusqu'à Lahore.
Après sa mort, le pays plongea dans la chaos pour plus de 150 ans, chaos ponctué par les guerres anglo-afghanes »

Je vous épargne la suite. Mais ainsi que vous pouvez le remarquer, les antiques grandes puissances s’en donnèrent à cœur joie depuis la plus haute antiquité et ne mollirent pas par la suite. Parce que, à ce que je sache, les Mèdes, les Perses, les Macédoniens d’Alexandre, les conquérants arabes, les Turcs, les Mongols de Gengis Khan et de Tamerlan étaient, pour les époques concernées des puissances qui valaient bien les Anglais, les Soviétiques et les Américains pour des temps plus récents.

Ceci est une chronologie des invasions en Afghanistan :
http://www.thucydide.com/realisations/utiliser/chronos/afghanistan.htm

2) D’autre part la brutalité des invasions précédentes, musulmanes notamment, fut sans commune mesures celle des invasions modernes.
En voici une illustration à propos de la conquête islamique de l’Inde et de l’Afghanistan :

« Les hindous, excepté une minorité appartenant aux castes les plus défavorisées, refusèrent d'embrasser l'islam – et les massacres furent horrifiants. Des villes entières furent brûlées et leurs populations passées au fil de l'épée. Chaque campagne successive fit des dizaines de milliers de victimes et des millions de femmes et d'enfants furent emmenés en esclavage. Chaque nouvel envahisseur bâtissait littéralement sa montagne de crânes hindous.

Ainsi la conquête de l'Afghanistan en l'an 1000 fut suivie par l'annihilation de l'ENTIÈRE population hindoue de cette région, qu'on appelle toujours d'ailleurs « Hindu Kush », le massacre des hindous.
Les Sultans Bahmani, qui gouvernaient en Inde centrale, s'étaient fixé un quota de 100 000 hindous par an et semblent s'y être tenus. Mais en 1399, le célèbre Timur fit mieux, il tua 100.000 hindous en UNE SEULE JOURNÉE, un record.
Le Professeur K.S. Lal dans son livre La Croissance de la Population musulmane en Inde estime qu'entre les seules années 1000 à 1525, 80 millions d'hindous furent tués, (sans parler des famines et autres calamités naturelles engendrées par la guerre), « sans doute le plus grand holocauste de l'histoire de l'humanité », affirme-t-il.
Mais aujourd'hui ce terrible épisode de l'histoire de l'Inde a été occulté : c'est à peine si les nombreuses Histoires de l'Inde, que nous utilisons comme référence, telle celle de Jacques Dupuis, y font allusion.
Par exemple, après avoir pourtant réitéré, sans doute parce que cela fait partie de l'histoire officielle, que « Timur, lorsqu'il s'empara de Delhi, fit mettre à mort de sang-froid 100 000 prisonniers – la population de Delhi fut massacrée pendant plusieurs jours et les têtes des victimes s'entassaient en énormes pyramides »

Trouvé sur ce site : http://www.jaia-bharati.org/livres/autre-regard/autre-reg-chap7.htm

3) D’autre part, le passé chaotique de cette région ne fut pas une exception.

Ce fut même la généralité. Partout dans le monde, les puissances ne cessèrent de guerroyer entre elles et de s’entretuer. Et sans la victoire de la coalition chrétienne au siège de Vienne, nous aurions peut-être finis nous-mêmes par être intégrés à l’Empire Ottoman et gratifié du doux sort des Balkaniques.

Alors, de grâce, cessez de pleurnicher avec nos « appétits dévorants » et autres méchancetés dont nous sommes coutumiers. Les autres ne sont pas meilleurs et il est logique et même indispensable que nous protégions nos intérêts ( sécuritaires aussi bien qu’énergétiques ) et si les petits saints auxquels vont à l’évidence vos sympathies étaient moins retors et plus fiables dans leurs alliances, ces conflits auraient pu être évité. Je vous invite à lire l’histoire récente de l’Afghanistan sur Wikipédia : un festival de massacres et de trahisons (entre eux)

28 septembre 2008 3h14