Frayeur dans la nuit
L'air était un lourd et chaud. Il était aux environs de minuit. Du métro, je rentrais chez moi. J'ai la chance d'habiter une proche banlieue livrée aux méthodes sécuritaires et fascistes de la vidéosurveillance, comme on le dit à gauche. En pratique, cela signifie qu'une femme comme moi peut rentrer tard à pied le soir, et évoluer seule dans les rues sans se sentir comme un lapin le jour de l'ouverture de la chasse.
Je rentrais donc d'un pas tranquille, je prenais une petite rue, et tout à coup mon souffle s'est arrêté. Il était là devant mes yeux dans sa cape noire et flottante. L'"ankou", l'ange de la mort. Je clignais des yeux éberluée, était-ce la chaleur, la fatigue dûe à l'heure tardive? Mais non, il était bien là au bout de la rue, me montrant son dos, sa tenue noire sinistre s'agitait sous mes yeux.
Le choc de la surprise passé, j'ai repris mes esprits. Il y avait quelque chose qui clochait. L'ankou on le connait, il se trimballe avec sa faux, ou un sablier quand il sort équipé léger.Il peut monter à cheval ou se faire acteur de cinéma et jouer aux échecs.
Mais mon ankou était d'un genre particulier: il avait un sac à main. Vous en avez vu beaucoup des ankou avec un sac à main? Moi non. Même dans les vieux grimoires ésotériques.
C'est donc un fantôme me dis-je. Mais là encore quelque chose n'allait pas. Les fantômes c'est monté sur pneumatiques. Cà glisse à dix centimètres du sol comme un hovercraft sur les vagues. Or celui là prenait un malin plaisir à ratisser le trottoir de son long suaire noir, comme s'il préparait le travail des balayeurs municipaux.
C'est alors que j'ai vu le compagnon de l'ankou portant des sacs de provisions et soudain j'ai compris.
J'avais bien vu l'ange de la mort. Mais c'était l'ange de la mort de la laïcité, de la liberté, et le cas échéant, des gens qui ne pensent pas comme lui.
De nuit, je vous l'assure, l'effet est saisissant.
Zezete, épouse X
